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Oser être une belle femme de 50 ans et plus en ces temps de jeunisme effrénés.

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Âgée sans être vieille

 

Âgée sans être vieille

Nous disposons d'une rallonge de temps plus que substantielle : 25 à 30 années de plus en pleine forme et en toute connaissance de cause. Que voilà une belle perspective avant d'être définitivement périmées, décaties, ratatinées, rabougries. 25 à 30 ans de rab durant lesquels, c'est promis, nous serons encore jeunes, belles, dynamiques, séduisantes et tout le toutim. C'est scientifiquement prouvé.

25 à 30 ans, c'est une nouvelle vie, une "vie en plus"[1], donnée par surcroît, sans que j'aie rien demandé. Petit miracle rendu possible grâce aux progrès de la médecine, de la science et de la technologie. Et le comble, c'est que cet excédent de vigueur et de verdeur ne doit rien au hasard. Des batteries de spécialistes le mesurent et le soupèsent comme un nourrisson, attentifs à sa prise de poids, sa croissance et son développement.

Démographes, sociologues, médecins, scientifiques, chercheurs, psychologues et même des philosophes, se penchent, tels des Diafoirus ébaudis, sur ce phénomène saisissant qui frappe tous les pays du monde : l'allongement de l'espérance de la vie humaine. Un allongement annoncé, patent, garanti et qui peut donc s'envisager sereinement, en se donnant le temps d'y penser, de le préparer et de le vivre, avant que le grand âge, comme on dit maintenant, ne nous rattrape pour de bon, nous condamnant alors définitivement à une attente immobile et résignée.

Nous avons, nous les quinquas du 21ème siècle, la joyeuse certitude de ne pas végéter prématurément dans une vieillesse moisie et sure qui sentirait la poussière. Nous savons que, sauf accident ou catastrophe, nous allons connaître un rabiot de vie énergique et remuant comme personne avant nous.

Parce que nous avons grandi, nous les baby-boomeuses, dans une société florissante, apte à nous éduquer, nous soigner, nous protéger et nous alimenter convenablement ; parce que, en Europe occidentale, nous traversons une période de paix sans précédent dans l'histoire, nous avons l'immense privilège d'aborder les rivages de l'âge toujours au top du top, ayant bénéficié sans états d'âme du confort moderne et d'un mode de vie aisé qui a grandement soulagé, simplifié et embelli notre quotidien et, par là même, nous a permis de nous instruire, de nous émanciper, de nous libérer des contraintes et des convenances sociales, d'accéder à toutes sortes de savoirs, d'investir le monde du travail et d'assurer notre autonomie.

Et nous voilà aujourd'hui, âgées sans être vieilles[2]. Quelle trouvaille géniale !

Arrivées à ce stade, nous explorons une maturescence encore vierge, une sorte de terra incognita où l'art d'être une femme mûre est à réinventer.

Nous abordons une tranche d'âge exclusive, pur produit des sociétés industrielles. Nous sommes au carrefour du vieillissement, dans un état intermédiaire et quelque peu saugrenu : plus tout à fait jeunes, mais pas encore complètement périmées. Agées, mais pas vieilles. Expérimentées, mais pas décrépites. Averties, mais pas rompues. Du coup, tout devient possible. Nous avons la perspective unique d'une seconde vie adulte avec le savoir en plus. Savoir-être, savoir-faire. Payées pour savoir aussi. Une seconde chance en somme.

Comme toutes les terres sauvages, celle-là nous rudoie et nous malmène.

Son climat est parfois hostile, sa nourriture amère, ses ressources rares... Du moins, c'est ce que l'on croit au début. Et puis quand on l'apprivoise, qu'on apprend à la connaître peu à peu, on découvre ses trésors. Insoupçonnés. Eblouissants. Revigorants.

La maturité nous pousse dans nos retranchements. Interrogeant l'avenir, elle nous met au défi. Quelle sera ma vie plus tard ? Saurai-je me débrouiller seule ? Aurai-je les moyens de subvenir à mes besoins ? Serai-je abandonnée, bien ou mal accompagnée ? Chez moi, autonome, ou dans une maison de retraite, grabataire ? Et en attendant, de quoi ma vie sera-t-elle faite ?

C'est là la question essentielle. L'instant présent. Nous avons du rab, un bonus, un supplément. Profitons-en sans plus attendre.Il sera toujours temps de voir venir.

Comme l'adolescente, la maturescente est à un âge de construction, de remise en cause et de réalisation de soi.

Un âge clé. Un âge critique aussi. Comme il y a 30 ans, l'âge mûr pose avec insistance la question de la place sociale, de la famille, du temps, du corps, et, nouveau, la question de la mort aussi. Une vaste remise en cause de soi. Une réflexion de fond. Un tournant. La maturescence ne nous épargne rien. Elle n'est pas là pour nous chouchouter, mais pour nous secouer. C'est l'ultime moment de la vie où nous pouvons encore nous demander ce que nous voulons vraiment. Après, il sera trop tard.

Car comme l'adolescence, par delà les grands bouleversements auxquels elle nous soumet, la maturescence est une époque hautement paradoxale.

Tous les champs de notre existence rétrécissent et cependant, nous avons encore l'espoir d'une vie bien remplie. Trop de pensées négatives, souvent sans fondement, entourent le vieillissement : les corps vieillissants sont laids, la ménopause sonne la fin de la sexualité féminine, passé 45 ans, on est professionnellement fini, rien ne vaut la jeunesse... Or, nous vieillissons mieux et moins vite que nos aînées. Cela devrait ouvrir de nouvelles perspectives et nous aider à chasser définitivement ces représentations d'un autre temps. Sortons ces pensées tristes et sombres de nos têtes et remplaçons les par des pensées positives et lumineuses. Soyons fières de notre vécu singulier et préservons le temps à venir comme un joyau sans prix. Le défi qui se pose à nous désormais, c'est d'être à l'épreuve des clichés, nous protéger des sarcasmes et de la dépression, accepter que les années passent aussi pour nous.

La cinquantaine sonne la fin d'une partie de notre vie. Elle regorge aussi pour notre génération de perspectives nouvelles de croissance et de développement, nous faisant l'offrande de belles années à vivre en pleine conscience.

Comme les adolescentes, nous regardons nos corps changer, empêtrées, mal à l'aise dans cette enveloppe qu'on ne reconnaît plus. On ne s'aime plus beaucoup dans ces moments-là. Comme les ados, nous nous voudrions autres, différentes, plus ceci ou moins cela. Si les jeunes sont portées par l'espoir, qu'avons-nous, nous les quinquas pour nous encourager ? Nous avons l'expérience, le lâcher-prise, l'acceptation. Une grande capacité d'adaptation. Des facultés qui rendent la vie plus simple et plus belle, qui nous tissent un nouvel art de vivre chaleureux et confortable où ressassement, ressentiment et haine de soi n'ont rigoureusement pas droit de cité.

 La maturescence, c'est aussi ce nouvel âge mûr séduisant et conquérant qui nous empêche de nous laisser aller.

 Haut les cœurs, on se ressaisit, on redresse la tête et on ne se laisse pas abattre. Pas question de rester prostrées.

Puisque nos jeunes années durent encore, aucune hésitation. Nous allons vivre et faire la démonstration que la maturité sait être légère, féminine, enlevée et gracieuse. Nous allons sourire. Nous allons nous amuser. Nous allons nous aimer dans notre nouveau moi. Pas d'airs outragés. Pas de culpabilité poisseuse. Pas de regards méprisants. Nos corps sont pleins. Nos âmes sont fortes. La cinquantaine se montre et se porte haut. La cinquantaine est tendance. La cinquantaine repousse les limites. Elle est jeune et dynamique, entreprenante et langoureuse. Elle nous offre le bonheur absolu de goûter encore et encore une multitude de matins radieux et de désirs ardents, selon notre bon plaisir.

 Mon âge, c'est le moment présent, à vivre intensément.

Qu'importent hier ou demain. C'est aujourd'hui qui compte. Je peux tour à tour avoir 15 ou 80 ans, selon les moments, les circonstances, les douleurs et les émois de la vie. Mon âge me fait comme je suis. Ça se voit, ça s'entend, ça se remarque et j'en suis fière. Je suis datée, et alors ? Je n'ai pas la cinquantaine honteuse, bien au contraire. J'assume et j'accepte mes décennies dans leur ensemble, avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Je me réjouis de pouvoir vivre ma cinquantaine en France, dans les années 2010, car cela signifie beauté, sécurité, pérennité. J'espère que mon âge me réserve encore de belles surprises. De l'imprévu, du ravissement, de la jubilation. Il m'a déjà beaucoup gâtée !

Comme le bon vin, j''ai un millésime et je me bonifie avec le temps. On peut m'apprécier sans modération. Je suis emplie d'espoir et de promesses : généreuse, gouleyante, moelleuse, racée, pleine, charpentée, ronde, ferme, fruitée... Le langage du vin me va comme du sur mesure.

Oui, j'appartiens à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Les trente glorieuses, les années hippies, les années fric, les chocs pétroliers, la révolution sexuelle, les années sida, les années Mitterrand, la crise de subprimes, le 11 septembre, la menace terroriste... J'ai traversé tout cela et j'appartiens aussi aux années présentes et futures qui verront naître encore de nombreux moins de vingt ans. 

J'ose espérer qu'il y aura de la place et de l'intérêt pour tout le monde, que l'on cessera d'opposer jeunes et vieux dans une guerre sans pitié, qu'on portera sur l'âge un regard plus sain et plus clément. J'y travaille, à ma place et à ma manière.

J'ose espérer que nous apprendrons à vivre ensemble, dans le respect et l'affection, puisque de toute façon, jeunes et vieux, âgés ou pas, nous sommes et nous serons tous dans la même galère.

 ________________________________________

[1] Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber, François de Closets, Dominique Simonnet, "Une vie en plus, la longévité, pour quoi faire ?"

[2] Xavier Gaullier, "Le temps des retraites"

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L
bonjour et bravo pour vos textes et la défenses des quinqua. je le suis aussi, mais je suis un homme et c'est peut etre moins simple pour nous que pour vous... Mais je ne viens pas me plaindre.<br /> A la lecture de vos articles, vous vous rebellez, vous réagissez et vous assumez, j'aimerais tant que les hommes en fassent autant, qu'ils ne se contentent pas d'etre des travailleurs, salariés ou chefs d'entreprise, mais qu'ils soient tout simplement des hommes. J'ai l'habitude de dire que je viens des années 70 -80, qu'on avait des rêves, une culture, pas forcément des connaissances mais on etait rock, on etait bavards, on était rebelles... et j'essaie de maintenir cet etat d'esprit aujorud'hui. Avoir 50 ans, ca ne veut pas dire tout accepter et se laisser bouffer par le jeunisme ambiant.<br /> bonne quinquattitude à vous
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