Oser être une belle femme de 50 ans et plus en ces temps de jeunisme effrénés.
Bon d'accord, le seul reproche que je pourrais lui faire c'est de crier haut et fort qu'elle n'est pas féministe.
Chère Alessandra, ce n'est pas un gros mot vous savez, et si vous pouvez exercer un tant soit peu vos talents aujourd'hui, barrouder en paix et mener votre vie à votre guise, c'est bien grâce aux générations de féministes comme moi qui vous ont précédée...
D'autant que tout, dans votre cheminement et vos propos, soutient le contraire.
Vous êtes libre de vos choix personnels et professionnels. Vous gagnez convenablement votre vie, ce qui vous octroie une confortable liberté. On vous sollicite pour des livres et des pubs et, bon petit soldat, vous jouez le jeu de la promo et de la célébrité. Vous êtes ambitieuse et vous avez bien raison. Vous clouez le bec en beauté à vos contempteurs et là-dessus, chapeau, parce que comme tête à claques machiste et narcissique, le père Caron se pose là... Si les critiques vous atteignent, vous êtes assez costaude pour vous en remettre et ne pas sombrer dans la déprime et la haine de soi. Vous criez halte au besoin de perfection si typiquement féminin, vous plaidez pour une meilleure répartition des rôles, vous osez demander de l'aide quand vous en avez besoin et vous êtes prête à renvoyer l'ascenceur.
Navrée de vous décevoir, mais cette façon d'être et de dire, cette posture libre et exonérée de convenances, ce verbe haut, cette courtoise fermeté, cette obstination à ne pas vous laisser marcher dessus sont le fruit d'un féminisme actif et persévérant qui permet à la trentenaire que vous êtes de mener sa vie comme bon lui semble.
Si le féminisme a eu ses excès et ses débordements (mais aucune autre révolution aussi importante au monde n'a pu se dérouler sans faire de victimes, ce qui est remarquable), il conviendrait ici de lui rendre grâce et de le redéfinir. Vous êtes restée, me semble-t-il, à la version qui rejetait les hommes en bloc. La pensée féministe a évolué depuis, voyez-vous, et l'exclusion continue d'être en général l'apanage de la gent masculine à l'encontre de la gent féminine, non l'inverse.
Chère Alessandra, ne changez rien et continuez d'afficher votre joie de vivre, votre bonne humeur et votre drôlerie, mais n'ayez pas honte de vous dire féministe, quitte à réinventer le féminisme.
Vous n'en serez que plus craquante et respectable. C'est une quinqua qui vous le dit !