Oser être une belle femme de 50 ans et plus en ces temps de jeunisme effrénés.
Je suis chez moi, au soleil, et je profite d'une semaine de vacances bien méritée pour lancer ce blog. Je me lance moi aussi par la même occasion. J'ignore qui me lira, ni même si une quelconque personne me lira. Mais je souhaite profiter de ces merveilleux outils que sont les blogs pour faire entendre ma petite musique et plaider pour ce que j'appelle la quinquattitude.
Je suis journaliste et coach de vie. J'ai 52 ans.
Je ne sais pas quand, ni comment c'est arrivé, mais c'est un fait. Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, j'ai franchi le cap de la cinquantaine, officiellement depuis déjà deux ans.
Me voilà donc en route pour des décennies ni très glamour, ni très glorieuses, de pertes, d'érosions, de désillusions et de flétrissures. Mes dernières bonnes années à vivre. Moins nombreuses que celles déjà passées, même si on me promet une longévité spectaculaire.
Oui je sais, ça glace le sang ! Pourtant, ni moi, ni personne n'y peut rien. Quoi que je fasse, pense, dise ou ressente, je suis sur le chemin de la deuxième partie de ma vie, ce moment fatidique où il faut redescendre après avoir contemplé les sommets.
Je glisse doucement mais sûrement vers cette arrière saison communément appelée vieillesse que l'on tente de camoufler sous un vocable plus soft sans que ça change quoi que ce soit à l'évidence même. On invente des expressions moins crues, des considérations mieux emballées pour que ça ait l'air moins flippant. On nous fourbit du politiquement correct à deux balles, de la langue de bois 100% échardes et cela ne change rigoureusement rien au fait que je vieillis. Croix de bois, croix de fer…
Ma jeunesse a foutu le camp !
Où est-elle passée la garce ? Pourquoi si vite ? Pourquoi si définitivement ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? Comme Marie-Antoinette sur l'échafaud, quand l'heure fatale survient, on a terriblement envie de demander une minute de plus au bourreau. Encore une toute petite minute, s'il vous plaît… Pour me dire que ce n'est pas fini. Pour goûter une dernière fois à la fraîcheur de mes tendres années. Pour me donner de l'élan.
Une minute de silence en hommage à la jeune femme emportée à jamais. Et encore une pour accueillir celle qui se profile à sa place et qui ressemble si furieusement à ma mère !
J'ai des cheveux blancs, des kilos en trop, des douleurs de la tête aux pieds, la bouche striée de fines ridules et des pattes d'oie au coin des yeux. Mes ovaires me lâchent, mes hormones se tarissent, mes os menacent de tomber en poussière, mes articulations grincent, ma vue baisse et mes dents se déchaussent. Quant à mes pauvres oreilles, n'en parlons pas, elles ne captent quasiment plus qu'un mot sur deux. Je m'essouffle pour un rien. Le peu de souplesse qui me reste se barre chaque jour un peu plus. J'ai l'énergie qui décanille et les ressorts qui fatiguent. Mon dos me martyrise et pour le soulager, on me recommande de plier les genoux. Mais ce sont eux maintenant qui me narguent. Ils coincent, déraillent et débloquent. A leur tour, ils me menacent de sédition, les insolents !
Tout fonctionne encore à peu près normalement chez moi et, mine de rien, c'est une chance. Mais, c'est inexorable, je carbure désormais au ralenti. Je le sais, je le sens, c'est écrit : je suis en train de me mémèriser un max. Pas moyen de revenir sur mes pas.
Voilà la réalité de la cinquantaine. Voilà la vérité du vieillissement. Le mien. Le vôtre.
Tout est désormais à reprendre à l'aune de ce nouvel âge incongru et malsonnant. Tout est à réétudier selon cette nouvelle donne. Cinquantaine : nom féminin, synonyme de décrépitude, flétrissure et obsolescence.
Mais pour être sincère, je me sens plus Ma Dalton que Mamie Nova. Je suis encore prête à défourailler et tirer quelques cartouches plutôt que de rester coincée à la cuisine par d'improbables desserts. Sûr, c'est bon signe...
Pour mes 50 ans, j'ai reçu un décompte des mes points retraite, une convocation pour un dépistage du cancer du sein et une autre pour celui du côlon.
Joyeux anniversaire ! L'administration pense à moi et se soucie de ma santé, voilà qui me rassérène grandement. Hélas, ce que sous-tendent ces sinistres courriers, qui se veulent malgré tout bienveillants, c'est la fin d'une époque illustre et insouciante, marquée par le crépuscule des corps. De mon corps.
Ces lettres ne m'annoncent rien d'autre que la terrible menace de pathologies accablantes, moi qui suis en bonne santé, assortie de la possible montée en puissance de l'hypertension, de l'inéluctable progression du cholestérol ou encore de la marche funèbre du diabète.
Ce qui m'a été si gentiment suggéré pour mon changement de décennie, c'est l'arrivée en fanfare de maladies impossibles, l'éclosion potentielle de mauvais nénuphars, le surgissement impromptu de crabes menaçants. Arrivée purement liée à mon âge, car mes 52 ans mis à part, je ne souffre d'aucun trouble, Dieu me savonne !
Le vieil Alzheimer n'est pas encore à l'ordre du jour, mais gageons qu'il ne saurait tarder à faire son apparition lui aussi, inscrit qu'il est en tête de liste des maladies dégénératives, après l'arthrite, l'arthrose et l'inénarable fracture du col du fémur.
Ainsi, ces bafouilles apparemment avenantes nous rappellent gravement à l'ordre, nous, les insouciantes néo-quinquas, sous couvert de prévention et du sacro-sant principe de précaution. On vous aura prévenues bandes d'écervelées et ne venez pas pleurnicher après.
Qu'importe si j'en ai marre de me faire trifouiller le bas-ventre et aplatir les seins comme des galettes. Qu'importe si ma pudeur m'interdt de laisser se balader un échantllon de mes selles. Voilà ce qui m'attend désormais, l'air de rien, dans un avenir proche : la nécessité d'un suivi médical régulier et celle, plus forte encore, d'imaginer incessamment la suite de mon existence quand elle ne sera plus rythmée par les servitudes professionnelles. Autrement dit, par ici la sortie.
D'un côté, on me dit que je dois travailler plus, que je peux vivre encore de belles années en bonne santé et dans la fleur de l'âge. De l'autre, on me met en garde contre des pathologies écrasantes, on m'annonce que le cancer m'attend au tournant et on m'avise de la fin imminente d'une carrière éminente, assortie d'une baisse substantielle de mes revenus. Faudrait savoir !