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Oser être une belle femme de 50 ans et plus en ces temps de jeunisme effrénés.

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Une femme amûreuse

Rosa à Omaha Beach

 

Ce mercredi 8 mai, jour d'armistice, nous avons emmené notre jument Cob normand à la mer pour la toute première fois. Sur la plage d'Omaha Beach, c'était de circonstance...

Etonnant de voir cet animal puissant, grande habituée des herbages, découvrir cette vaste étendue d'eau, de ciel et de sable. Le vent iodé, l'eau salée, l'horizon quasi infini...

Elle en a henni de stupeur, comme pour appeler les autres à la rescousse. Que pouvait-il se passer dans sa tête à cet instant ? On a oublié ce que ça fait de contempler la mer pour la première fois ! Rosa, elle, a pris le temps de s'arrêter pour se familiariser avec ce nouveau paysage, marquant plusieurs pauses pour contempler cette immensité saline. Elle a reculé devant les vagues, s'est arrêtée face à une mouette, a savouré la sensaton de l'eau de mer sur ses jambes.

Jusqu'à ce qu'une terrible averse nous tombe dessus, nous contraignant à battre retraite, trempés comme des soupes, mais heureux d'avoir fait cette expérience.

Mon mari et moi nous sommes rencontrés quand j'avais 46 ans et lui 39...

Je sortais de longues années de célibat après plusieurs histoires assez désastreuses. Lui aussi était séparé. Nous étions libres l'un et l'autre, prêts pour l'amour et l'engagement. Prêts pour une nouvelle chance.

Assez vite, nous avons admis que nous ne voulions plus nous quitter d'une semelle et nous nous sommes fait la vie que nous aimons à la campagne, entourés d'animaux. Une vie calme et tranquille, loin du tumulte, au plus près de la nature et de la simplicité. Qui a dit que les femmes mûres étaient perdues pour l'amour ?

Avant, les femmes de 50 étaient mises au rancart. Mais c'était avant.

Si certains hommes fuient à toutes jambes les femmes comme moi, décidées, clairvoyantes et conquérantes, il y en a plein d'autres, jeunes et moins jeunes qui eux recherchent notre compagnie au contraire. De vrais hommes. Des qui s'assument et se battent, comme nous. Des qui défendent les mêmes causes et les mêmes valeurs que nous. Des mecs virils et sûrs d'eux qui n'ont pas peur des femmes puissantes, de leur pouvoir et de leur charisme. Des hommes qui ne sont ni des proies, ni des prédateurs. Des grands mâles qui n'ont pas honte, pas d'inquiétude, qui se connaissent bien et sont prêts à accepter l'autre dans toutes ses dimensions, sans se sentir rétrécis eux-mêmes ou castrés par la méchante dame qui n'en voudrait qu'à leur zizi. Pauvres petits bichons… Des messieurs qui savent apprécier les compétences, la vitalité, l'assurance et l'indépendance des quinquas, cru 2013. Qui reconnaissent en elles de bons partenaires, fiables, solides, capables d'assurer dans les bons et les mauvais moments.

Ces hommes, comme nous, sont prévenants, respectueux, courageux, ouverts et généreux. Ils veulent construire et non détruire. Servir et non asservir. Partager et non pas dominer. Ils succombent à nos charmes sans prétendre nous assujettir. Ils désirent nous étreindre, pas nous éteindre, nous rehausser et non nous affadir. Ils saluent notre beauté et notre grâce. Ils goûtent notre humour et notre joie de vivre. Ils réclament notre présence, font alliance sans allégeance, apprécient notre bienveillance sans chercher à se faire materner. Ils aiment notre persistance. Ils goûtent notre prestance. Ils sont fiers de nous et ne redoutent pas la concurrence. Par dessus tout, ils s'intéressent véritablement à nous, non à l'image d'eux-mêmes que nous leur renvoyons. C'est toute la différence entre les hommes qui nous aiment pour nous et ceux qui nous aiment pour eux. Ceux-là son à fuir...

Avec de tels compagnons, nous sommes à même de vivre une nouvelle jeunesse, l'expérience en plus.

Croire que les hommes fuient les femmes mûres, c'est juste ne porter attention qu'aux discours médiocres. Les hommes posés, gentils, tendres, affectueux, généreux, ouverts, enthousiastes, tolérants et sages sont légions, prêts à nous donner leur amour et à recevoir le nôtre inconditionnellement. Ils savent nous combler, nous réconforter et nous entourer. Mieux que n'importe quel élixir, ils nous aident à défier le temps. Auprès d'eux la maturité se fait plus douce et plus joyeuse. Elle n'est pas le désastre annoncé, plutôt une belle occasion de rebondir. Avec eux, l'âge est subitement dédramatisé puisqu'il n'est plus une obsession.

C'est bel et bien grâce à ma maturité flambant neuve que j'ai pu aimer et me laisser aimer. Parce que j'avançais en âge, je me suis donné la chance d'être enfin moi-même, dans mon féminin pluriel, et de lâcher prise. Prête à vivre de nouveau l'amour si d'aventure il se présentait. Et il s'est présenté. Cette fois, c'était le bon, aucun doute là-dessus. Et cette fois, j'étais prête, ce qui était nouveau et réconfortant. Prête à me lancer dans l'inconnu, à partager ma vie avec lui, à m'investir dans cette relation parce que j'avais pris le temps de nettoyer mes blessures anciennes et d'apprendre à m'accepter telle que j'étais, non telle que les autres me voulaient. Je crois que seul l'âge nous permet d'atteindre ce niveau de confiance en soi. Seule la maturité nous élève à ce degré d'autonomie et de détachement, à cette connaissance absolue de soi et de nos besoins. 

À la surprise générale, nous ne nous sommes plus quittés.

Ils étaient peu nombreux pourtant ceux qui étaient prêts à parier sur nous. Deux véritables outsiders de l'amour durable et sincère ! Heureusement que nous n'avons écouté que nos cœurs. Très vite, nous avons bâti des projets et envisagé notre avenir ensemble sans nous poser plus de questions. C'était une évidence. Nous étions faits pour nous aimer et vivre ensemble. Un point c'est tout ! Nous le savions. Nous le sentions, malgré les réserves des uns et des autres. Nous avons donc réorienté nos vies, faisant fi des réticences de certains de nos proches. Ils semblaient ne pas supporter notre bonheur tout neuf. On aurait dit que ça les chagrinait de nous voir sortir des cases dans lesquelles ils nous avaient rangés pour toujours. On dit qu'on découvre ses vrais amis dans le malheur. Pour ce qui me concerne, c'est dans mon nouveau bonheur qu'ils se sont révélés ! Souvent, quand on veut changer, ce sont les autres qui nous en empêchent. Mais, heureusement pour nous, nous ne les avons pas suivis sur cette voie étroite...

 Car vivre ensemble, prendre un nouveau départ côte à côte, nous prendre par la main pour ne plus nous lâcher était notre désir le plus ardent. 

Chacun avec ses goûts et son tempérament, apporte à l'autre ce dont il a besoin et nous ne nous lassons pas de nous découvrir, de nous éblouir et de nous dévorer. Seuls au monde comme tous les amoureux. Nos différences supposées nous renforcent au lieu de nous séparer. Nous nous complétons magnifiquement. À l'évidence, dès le départ, au tout premier regard, nous nous sommes plus. À la fois surpris et comblés de nous trouver face à face, irrésistiblement aimantés, hypnotisés, émerveillés de cette heureuse rencontre. Instantanément, nous avons eu besoin du contact de l'autre, de sa présence, de sa chaleur. Il n'y avait pas 36 000 cheveux à couper en quatre. Il suffisait d'y croire et de foncer. Et six ans après, nous sommes toujours là, heureux d'être ensemble, et pour longtemps encore.

 Nous n'avons rien calculé. Nous étions faits pour nous rencontrer et nous aimer, voilà tout. Nous ne faisions de mal à personne et rien ne nous empêchait de vivre cette merveilleuse aventure. "On verra bien", voilà ce que je me disais le plus simplement du monde. Nous nous soutenons, nous nous réconfortons, nous nous épaulons. Nous formons une belle équipe. À nous deux, nous sommes plus forts, plus solides et plus sûrs. Il me fait faire des choses que je n'aurais pas imaginées et je le suis, confiante. Par sa fougue et sa jeunesse, il me booste et me bouscule tandis que ma maturité et mon expérience l'apaisent et le rassurent. Il se moque gentiment de mon âge, mais c'est lui qui m'a encouragée à accepter mes cheveux blancs sans plus recourir à aucun artifice, m'incitant par là à une nouvelle et délicieuse coquetterie capable d'assumer sans complexe.

Il me prend comme je suis et moi comme il est. Il ne cherche pas à me transformer, ne me veut pas autre, plus jeune, plus belle ou plus lisse. Pour lui, je suis assez jeune, belle et lisse. Il m'aime et me désire dans la plénitude et l'éclat de mes 52 carats. Mon âge lui importe peu parce que nous sommes liés par des considérations plus profondes, des sentiments bien plus forts que nos états civils respectifs. Nous rions régulièrement de notre assemblage. Moi la cougar et lui le gigolo… Lui le fringant quadra et moi la jeune quinqua.

 Grâce à lui, je me sens encore plus apte à vivre une belle maturité, assurément sensuelle, charnelle et voluptueuse puisque amoureuse.

Une maturité gourmande, câline, tendre, dynamique, énergétique. Oui, c'est certain, cet amour me transporte et me régénère. Il me donne un coup de fouet et me pousse en avant. Longtemps, j'ai considéré le mariage comme une prison pour femmes. Aujourd'hui, je l'entraperçois sous l'angle de l'échange, de la solidarité et de l'affection infinie que deux êtres peuvent se porter mutuellement et c'est un grand soulagement pour moi de voir comment les liens entre deux personnes peuvent évoluer loin des stéréotypes habituels.

Nous nous engueulons aussi parfois, comme tout le monde. Mais plus les années passent et plus nous sommes en harmonie, sachant combien il est vain et funeste de se déchirer quand par ailleurs tant de choses nous rassemblent. C'est l'avantage des amours tardives. Elles sont fondées sur l'estime et le respect. Elles reposent naturellement sur une plus grande expérience, une réelle réciprocité et une attention de chaque instant. Il y a de l'impatience, mais pas de précipitation. De la ferveur, mais pas d'hégémonisme. De l'action, mais pas d'agitation. Nous veillons l'un sur l'autre, évitant les mots qui blessent et les comportements qui fâchent. Impossible de nous faire du mal. Nous ne le supportons pas. Nous nous parlons franchement, échangeons énormément, et cela comble nos angoisses et nos doutes. Nous savourons aussi les indispensables moments de silence et de solitude.

Voilà une chose tout à fait inattendue que je n'aurais jamais voulu croire s'il ne m'avait été donné de la vivre. Un petit miracle qui n'aurait certainement pas pu advenir plus tôt parce que nous n'aurions été prêts ni l'un ni l'autre. C'est bien la preuve que tant qu'il y a de la vie, rien n'est jamais figé, ni définitif.

Le temps passé fait toute la différence et c'est tant mieux.

Il n'est pas un obstacle, mais une aubaine, pas un handicap, mais une force supplémentaire. Je suis tombée amoureuse, à l'aube de ma maturité juvénile, c'est-à-dire une maturité fleurie, fraîche et épanouie qui m'a donné ce que ma jeunesse m'avait refusé. Comment ne pas se réjouir de vieillir dans ces conditions ? Ainsi, je me situe pleinement dans notre présent à la fois comme le cadeau que nous nous faisons chaque jour à être ensemble et comme cet ici et maintenant qui nous rend si heureux et vivants. Cela valait assurément le coup de traverser toutes ces années...

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